Le dernier des Johnnies / Résidence n°2 bis

Aujourd’hui s’achève la deuxième période de résidence de mon nouveau spectacle LE DERNIER DES JOHNNIES.

En compagnie de la metteure en scène Muriel Benazeraf nous avons continué d’explorer l’histoire des Johnnies en tachant de définir les raisons qui me poussent à vouloir la raconter.

C’est ainsi, qu’à la suite d’improvisations dans des styles de théâtre distincts (théâtre avec 4ème mur, conférence, conteur) et de discussions, la forme que nous voulons donner à ce spectacle a évolué. Pour raconter cette fresque intime, familiale et historique des paysans du Léon dans un spectacle de rue nous nous orientons vers un « poème nocturne urbain véloprojeté », rien que ça.

Le fil rouge de cette histoire sera un dialogue entre moi et mon oncle François Seité, le dernier des Johnnies.

Il s’agira d’un dialogue entre le présent et le temps du souvenir, le fait de jouer de nuit nous est apparu comme la situation la plus propice à sa bonne réception : la nuit place d’emblée le spectateur dans une dimension plus magique, moins prosaïque, dans un autre rapport au temps et à l’espace, et lui permet de recevoir une histoire dans une intimité et une concentration beaucoup plus grande.

La représentation nocturne servira de chambre d’écho à la réalité intime comme à la saga familiale devenue mythe aux multiples ramifications.

Dès lors, le fait même de vouloir projeter des images nous impose des représentations à la nuit tombée.

Sur la gauche de la scène, un vélo lumineux et immobile, projettera des images fixes ou en mouvement sur une façade : un véloprojecteur !

Evocations, apparitions, illustrations décalées, les images participeront, de par leur puissance incantatoire et hypnotique, à ce jeu multiple de fabrication des souvenirs et d’interrogation sur l’individu dans l’Histoire et dans son histoire.

Tout l’intérêt du spectacle résidera dans le rapport et le montage entre les images, les sons (extraits d’archives, décors sonores, chansons,…) et les adresses et interventions directes du comédien.

Un montage à l’image de cette anecdote sur Picasso racontée par Jean Jacques Schuhl :

En 1928, au milieu de vieux bouts de tulle et de carton et de chiffons ramassés dans les poubelles, Picasso fixe une chemise sale sur une toile avec du fil et une aiguille : « Oui, pourquoi pas ? On doit pouvoir écrire avec une paire de ciseaux et un tube de colle, et sans crayon même, juste avec ce qui a déjà été écrit par les autres. »

C’est cette étrange chose, le montage: on tient physiquement entre ses doigts le passé, le présent et le futur. Voilà, on en revient à la couture, aux chiffonniers, la broderie du temps.

J’ai vécu deux années en Angleterre, j’y ai joué au sein de plusieurs compagnies : Wet picnic, Tout de force, People Pile, Secret cinema, Matrix Theater et avec la plasticienne Nelly Ben Ayoun. J’ai pu y développer le plaisir du jeu dans la langue de Shakespeare découvert à l’école Lecoq. Une langue extrêmement concrète et imagée qui engage le corps dans son ensemble.

Une adaptation en langue anglaise du spectacle et le désir de le diffuser au delà des frontières hexagonales nous est apparu alors logique en regard de sa thématique. Dans ce spectacle, nous souhaitons également y faire entendre la langue bretonne, ne serait-ce que pour la poésie de sa musicalité propre.

Notre séjour toulousain touche à sa fin. L’équipe artistique s’est agrandit, Aline Loustalot, créatrice sonore nous accompagnera sur la création de la bande sonore et Bertrand Groisard sur les images.

Notre prochain rendez-vous est prévu au printemps.

A bientôt.

Ronan

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